Contester · Location
Retenue abusive sur le dépôt de garantie (caution) : ce qui est contestable
Votre propriétaire a rendu votre caution avec une somme en moins. Il joint un décompte, parfois un devis, parfois juste un chiffre rond. Vous ne savez pas si c'est légal.
La loi pose une règle simple : chaque retenue doit être dûment justifiée. La charge de la preuve appartient au bailleur, pas à vous (article 22 de la loi du 6 juillet 1989). S'il n'apporte pas la preuve, la retenue est contestable.
Cette page détaille ce que votre propriétaire peut légalement retenir, ce qu'il ne peut pas, et comment réagir si la retenue vous semble injustifiée. Pour la méthode complète avec les modèles de lettres, le calcul de pénalité et la grille de vétusté, consultez le guide de récupération du dépôt de garantie.
Qu'est-ce qu'une retenue abusive ?
Une retenue est abusive quand le bailleur garde tout ou partie de votre dépôt sans pouvoir le justifier, ou en vous faisant payer ce que la loi met à sa charge.
Le texte de référence est l'article 22 de la loi du 6 juillet 1989. Il autorise le bailleur à retenir uniquement des sommes « dûment justifiées ». La charge de la preuve pèse sur lui. Ce n'est pas à vous de prouver que la retenue est injustifiée : c'est à lui de prouver qu'elle l'est.
Concrètement, ça signifie deux choses.
D'abord, un forfait sans document ne suffit pas. Un décompte qui indique « nettoyage : 150 € » sans devis ni facture n'est pas une justification légale. Cette retenue est contestable.
Ensuite, certaines dépenses restent au bailleur quoi qu'il arrive, même si le logement présente des dégradations. La loi ne permet pas de tout déduire de votre caution.
Ce que le bailleur peut et ne peut pas retenir
Ce qu'il peut retenir
Le bailleur peut déduire le coût des réparations locatives: les dégradations imputables au locataire, au-delà de l'usure normale. Ces réparations sont définies par le décret n° 87-712 du 26 août 1987. Il s'agit de l'entretien courant du logement et des menues réparations.
Pour que la retenue soit valable, le bailleur doit fournir un devis ou une facture. Un devis daté et chiffré peut suffire, même si les travaux n'ont pas encore été réalisés au moment où il envoie le décompte — mais il doit rester précis et circonstancié : un devis vague ou sans correspondance avec l'état des lieux reste contestable. Ce qui se conteste en premier lieu, c'est l'absence totale de justificatif.
En immeuble collectif, le bailleur peut aussi conserver jusqu'à 20 % du dépôt à titre de provision pour charges, si cette provision est dûment justifiée, jusqu'à l'arrêté annuel des comptes de la copropriété.
Ce qu'il ne peut pas retenir
La vétusté et l'usure normale. Un locataire ne peut pas se voir facturer la dégradation liée au temps et à l'usage normal du logement. Une peinture qui s'est ternie en dix ans de bail, un revêtement de sol usé par le passage quotidien : ce sont des coûts qui appartiennent au bailleur. Vous n'êtes responsable que des dégradations qui dépassent cette usure normale.
Les grosses réparations.Le remplacement d'un chauffe-eau en fin de vie, d'une chaudière vétuste, d'une toiture qui fuit : ces travaux restent à la charge du bailleur. Ils ne peuvent pas être déduits de votre caution, même si l'équipement est effectivement dégradé à votre départ.
Les retenues sans justificatif. Un forfait global, un chiffre sans document, une liste de travaux sans devis : tout cela est contestable. Le bailleur doit produire une pièce pour chaque poste.
À noter sur la vétusté :il existe une grille de vétusté (décret 2016-382 du 30 mars 2016) que bailleur et locataire peuvent adopter d'un commun accord. Elle fixe des durées de vie théoriques pour les revêtements et équipements du logement. Mais elle est facultative : elle ne s'applique que si elle a été annexée au bail. Les durées de vie chiffrées (peintures, moquettes...) viennent des accords collectifs de référence, pas de la loi elle-même.
Comment contester une retenue
Étape 1 : demandez les justificatifs
Avant toute chose, exigez par écrit les devis ou factures correspondant à chaque retenue. Sans justificatif, la retenue n'a pas de base légale. Beaucoup de propriétaires ne fournissent rien, en comptant sur le fait que le locataire n'insistera pas.
Étape 2 : opposez la vétusté et les limites légales
Si des justificatifs arrivent, vérifiez s'ils portent sur des réparations locatives ou sur des éléments qui relèvent du bailleur (grosses réparations, équipements en fin de vie). Si une partie de la retenue porte sur de la vétusté normale, calculez la part contestable en vous appuyant sur les durées de vie théoriques issues des accords collectifs de référence.
Étape 3 : envoyez une mise en demeure
Si le bailleur ne produit pas de justificatifs ou maintient une retenue injustifiée, envoyez une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception. Cette lettre doit nommer chaque poste contesté, la somme réclamée, et lui fixer un délai pour répondre.
Une relance par mail ne produit pas les mêmes effets. Le recommandé constitue une preuve de date et de réception.
Le détail de la démarche, les modèles de lettres et la grille de vétusté sont réunis dans le guide complet.
L'erreur à éviter : accepter un décompte sans demander les pièces
Vous pensez que la retenue sur votre caution n'est pas justifiée ? Le guide Praticum réunit les modèles de lettres, la grille de vétusté et la procédure complète si la mise en demeure ne suffit pas.