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Vétusté et usure normale : ce que votre propriétaire peut déduire de votre caution

Votre propriétaire vous facture la peinture du salon ou la moquette de la chambre. Il joint un devis. Est-ce que c'est légal ?

La réponse dépend d'une distinction que la plupart des locataires ne connaissent pas : l'usure normale n'est jamais à votre charge. Seules les dégradations qui dépassent cette usure peuvent vous être facturées.

Cette page explique comment fonctionne cette distinction, ce qu'est la grille de vétusté et comment s'en servir pour argumenter. Pour la méthode complète avec les modèles de lettres et la grille détaillée, consultez le guide de récupération du dépôt de garantie.

Vous trouvez dans la page sur les retenues abusives la liste de tout ce que le bailleur ne peut pas déduire de votre caution.

Vétusté ou dégradation : la distinction qui change tout

La loi distingue deux situations.

La première : le logement s'est dégradé avec le temps et l'usage ordinaire. La peinture a pâli. Le parquet est marqué là où on marche. Le revêtement de la cuisine s'est terni. C'est ce qu'on appelle l'usure normale ou la vétusté. Elle n'est jamais à la charge du locataire. Le bailleur ne peut pas la déduire de votre dépôt de garantie.

La seconde : vous avez laissé un trou dans le mur, brûlé la moquette, cassé un carreau. Ce sont des dégradations imputables au locataire, qui dépassent l'usure attendue. Elles peuvent vous être facturées, à condition d'être dûment justifiées par un devis ou une facture.

Le texte de référence est l'article 22 de la loi du 6 juillet 1989. Il pose que les retenues ne sont valables que si elles sont « dûment justifiées » et que le locataire ne répond pas de l'usure normale.

En clair : si votre propriétaire vous facture quelque chose, c'est à lui de prouver que c'est une dégradation, pas une usure normale. Ce n'est pas à vous de prouver que ce n'en est pas une.

Les réparations qui peuvent être imputées au locataire sont celles listées par le décret n° 87-712 du 26 août 1987, qui recense les réparations locatives : l'entretien courant et les menues réparations. Le remplacement d'une installation en fin de vie, la réfection d'une toiture ou le changement d'une chaudière sont des grosses réparations qui restent au bailleur, même si l'équipement est effectivement dégradé à votre départ.

La grille de vétusté : comment ça marche

La grille de vétusté est un outil qui sert à calculer quelle part d'une retenue est réellement imputable au locataire, une fois l'usure normale déduite.

Elle est facultative

Ce point est souvent mal compris. Le décret 2016-382 du 30 mars 2016 définit le cadre de la vétusté, mais il ne rend pas la grille obligatoire. La loi prévoit que bailleur et locataire peuventconvenir de l'adopter, d'un commun accord. Si elle n'a pas été annexée à votre bail, elle ne s'applique pas automatiquement.

Pour savoir si vous êtes concerné, regardez les annexes de votre bail. Si une grille de vétusté y figure, elle a été contractuellement adoptée et s'impose aux deux parties.

Le mécanisme

Quand une grille a été adoptée, elle fixe deux paramètres pour chaque élément du logement : une durée de vie théorique et un taux d'abattement annuel.

L'abattement s'applique chaque année depuis l'installation ou la remise à neuf de l'élément concerné. À l'issue de la durée de vie théorique, l'élément est considéré comme entièrement vétuste : le bailleur ne peut plus rien facturer au locataire pour cet élément, quelle que soit son état réel.

Pour les dégradations réelles, la part imputable au locataire est calculée après déduction de la vétusté. Si un revêtement a une durée de vie théorique de dix ans, qu'il était déjà posé depuis sept ans à votre entrée, et que vous l'avez endommagé, la retenue ne peut porter que sur les trois années restantes, pas sur le remplacement complet.

Les durées de vie théoriques propres à chaque type d'élément (peintures, revêtements de sol, menuiseries, équipements) viennent des accords collectifs de référence, pas du décret lui-même. Le pack Praticum contient la grille détaillée avec les durées et les taux par catégorie.

Quand il n'y a pas de grille dans le bail

L'absence de grille ne signifie pas que vous n'avez rien à opposer. Le principe général reste : l'usure normale n'est pas à votre charge. Vous pouvez utiliser les durées de vie issues des accords collectifs comme base d'argumentation, même si la grille n'a pas été annexée au bail. Ces barèmes constituent une référence reconnue pour apprécier ce qu'est une usure normale.

Comment contester une facturation de vétusté

Première étape : comparer les états des lieux

La vétusté s'apprécie en comparant l'état des lieux d'entrée et l'état des lieux de sortie. C'est le seul document qui permet de prouver dans quel état le logement vous a été remis et dans quel état vous le rendez.

Si l'état des lieux d'entrée mentionne que la peinture était en mauvais état, votre bailleur ne peut pas vous facturer une remise en peinture au départ. Si la moquette était signalée comme usée à l'entrée, elle ne peut pas vous être imputée à la sortie.

Relisez l'état des lieux d'entrée poste par poste, et comparez avec celui de sortie. Notez les éléments où votre bailleur vous impute une dégradation qui était déjà présente ou qui aurait dû l'être compte tenu de la durée du bail.

En l'absence d'état des lieux d'entrée, la situation dépend des circonstances dans lesquelles cet état des lieux n'a pas été établi. Cette question mérite sa propre page satellite : consultez le guide pour les démarches à adopter dans ce cas.

Deuxième étape : opposer l'usure normale

Pour chaque poste de retenue, vérifiez si la dégradation est imputable à votre usage ou si elle correspond à une dégradation attendue compte tenu de l'ancienneté de l'élément.

Les questions utiles :

  • Cet élément était-il neuf ou récent à mon entrée dans les lieux ?
  • Quelle est la durée du bail ?
  • Un élément de cet âge, en usage normal, aurait-il cet état ?

Si la réponse à la dernière question est oui, il y a une base pour contester.

Troisième étape : demander les justificatifs

Exigez par écrit un devis ou une facture pour chaque poste retenu. Si le bailleur retient « remise en peinture : 800 € » sans document, la retenue n'a pas de base légale.

Si un devis est fourni, vérifiez qu'il correspond à des dégradations réelles constatées à l'état des lieux de sortie, et non à des travaux de remise à neuf qui dépassent ce que vous avez effectivement endommagé.

Quatrième étape : calculer la part réellement opposable

Avec la grille de vétusté (si elle figure dans votre bail) ou en vous appuyant sur les barèmes des accords collectifs, calculez la part de la retenue qui est réellement imputable à votre usage. C'est cette somme que vous contestez, pas nécessairement l'intégralité de la retenue.

La démarche détaillée, les modèles de lettres et la grille complète sont réunis dans le guide de récupération du dépôt de garantie. Si la retenue porte sur plusieurs postes, regardez également les retenues abusives sur caution pour les autres catégories.

L'erreur à éviter : confondre l'ancienneté avec la dégradation

Un logement occupé dix ans n'est pas dans le même état qu'à l'entrée. C'est normal, attendu, et c'est la vétusté. Le bailleur ne peut pas vous facturer une remise à neuf au motif que le logement est « abîmé ». Il peut seulement vous facturer ce qui dépasse l'usure attendue, justificatif à l'appui. Si votre décompte comprend des postes qui correspondent à de la vétusté normale, ces retenues sont contestables même si un devis les chiffre. L'existence d'un devis ne rend pas la retenue légale : encore faut-il que la dégradation facturée soit réellement imputable à votre usage et non à l'âge du logement.

Votre propriétaire a déduit une partie de votre caution pour de la vétusté ou de l'usure normale ? Le guide Praticum contient la grille de vétusté par catégorie d'élément, les modèles de lettres pour contester poste par poste, et la procédure si la mise en demeure ne suffit pas.

Questions fréquentes

Réponses aux questions les plus souvent posées sur ce cas.

La grille de vétusté n'est pas dans mon bail. Je n'ai rien à opposer ?
Non. L'absence de grille dans le bail signifie que le mécanisme d'abattement formalisé ne s'applique pas automatiquement, mais le principe général reste : l'usure normale n'est pas à votre charge (article 22 de la loi du 6 juillet 1989). Vous pouvez vous appuyer sur les durées de vie des accords collectifs de référence pour montrer qu'un élément aurait dû être considéré comme vétuste.
Mon bailleur me facture une remise en peinture complète après 8 ans de bail. C'est légal ?
Ça dépend de l'état de la peinture à l'entrée et de ce que l'état des lieux de sortie constate. Si la peinture était en bon état à votre entrée et qu'aucune dégradation anormale n'est relevée à la sortie, la refacturation d'une remise en peinture complète après 8 ans de bail est contestable : l'usure sur cette durée est normale. Si une grille de vétusté a été annexée au bail, la durée de vie théorique et l'abattement cumulé déterminent la part qui vous est opposable.
Le propriétaire peut me facturer un remplacement de moquette complet après que j'en ai brûlé une petite partie ?
Non. Si la dégradation est localisée, la retenue doit être proportionnée. Votre propriétaire peut vous facturer la réparation ou le remplacement de la partie endommagée, pas le remplacement de l'ensemble, sauf si l'état du reste de la moquette rendait un remplacement partiel techniquement impossible. Et dans tous les cas, la vétusté de la moquette vient en déduction de la somme facturée.
Je n'ai pas d'état des lieux d'entrée. Comment prouver que la vétusté existait déjà ?
L'absence d'état des lieux d'entrée complique l'argumentation, mais la situation dépend des circonstances dans lesquelles il n'a pas été établi : les conséquences ne sont pas les mêmes selon que c'est le bailleur ou le locataire qui n'a pas donné suite. Consultez la page dédiée à cette situation avant d'agir sur la vétusté seule.

Sources légales de référence

  • Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 22 (usure normale, charge de la preuve des retenues)
  • Décret n° 87-712 du 26 août 1987 (réparations locatives)
  • Décret n° 2016-382 du 30 mars 2016, article 4 (grille de vétusté, caractère facultatif)
  • Accords collectifs de référence (durées de vie théoriques par catégorie d'élément)

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